60 milliards d’euros. C’est ce qu’ont dépensé les Français en produits structurés en 2025, soit une hausse de 33 % en un an. Ces placements sortent de la niche. Les banques les poussent. Les courtiers les recommandent. Et les brochures promettent rendement et sécurité à la fois. Avant d’y mettre de l’argent, voici ce qu’il faut vraiment comprendre.
Un marché qui a explosé en deux ans
Deux facteurs expliquent l’essor des produits structurés depuis 2023. D’abord, la hausse des taux d’intérêt a permis de construire des formules avec une vraie protection du capital. Un environnement de taux à 3 ou 4 % rend possible ce que les taux proches de zéro de 2015 à 2022 rendaient très difficile : garantir le capital tout en offrant un coupon intéressant.
Ensuite, les épargnants cherchent un entre-deux. Le Livret A à 1,5 % ne suffit plus. Les fonds euros rapportent 2,6 % en moyenne. Pourtant, les marchés actions semblent risqués. Les produits structurés occupent cet espace : plus de rendement qu’un livret, moins de risque (en apparence) qu’une action. La promesse est séduisante.
Les données AMF/ACPR confirment l’attrait. Sur les produits clôturés entre 2021 et 2023, le rendement annuel médian brut atteint 6,5 %. Moins de 1 % de ces produits ont entraîné une perte en capital. Sur le papier, le bilan est favorable.
Source : Pôle commun AMF/ACPR, Cartographie 2025 des produits structurés (publiée avril 2025). Marché français : 60 milliards d’euros de ventes en 2025, +33 % sur un an. Rendement médian brut (produits clôturés 2021-2023) : 6,5 % annuels. Moins de 1 % de pertes en capital.
Comment ça fonctionne réellement
Un produit structuré combine deux blocs. Le premier est une obligation qui reconstitue tout ou partie du capital à l’échéance. Le second est un dérivé financier lié à un indice (souvent le CAC 40 ou l’Euro Stoxx 50). Ce dérivé génère le coupon, conditionnel à l’évolution du marché.
La forme la plus courante s’appelle un autocall. Le principe est le suivant. À chaque date d’observation (souvent annuelle), si l’indice sous-jacent dépasse un seuil défini à l’avance, le produit rembourse le capital plus un coupon. Si ce seuil n’est pas atteint, le produit continue jusqu’à la prochaine observation. La durée maximale est souvent de 8 à 10 ans. Mais dans les faits, plus de 90 % des produits sont remboursés avant leur terme. Leur maturité réelle est souvent inférieure à 3 ans.
La protection du capital n’est pas automatique. Elle s’applique uniquement si l’indice n’a pas franchi un seuil de perte à la baisse, souvent fixé à 30 ou 40 %. En dessous de cette barrière, vous subissez la perte de l’indice en proportion directe. Concrètement : si le CAC 40 perd 50 % sur la durée du produit, vous perdez 50 % de votre capital.
Source : AMF, 7 informations clés exigées dans les documents commerciaux des produits structurés (3 février 2026). Pôle commun AMF/ACPR : 90 % des produits clôturés avant leur durée maximale, 80 % en moins de 3 ans.
Ce que les brochures ne disent pas toujours
Des frais souvent invisibles
Les frais des produits structurés sont intégrés dans leur prix d’émission. On les appelle frais d’arrangement. Ils peuvent atteindre 7,5 % du montant investi selon les données de FranceTransactions. Les distributeurs perçoivent des rétrocessions pouvant représenter 3 % du montant souscrit. Dans la majorité des cas, le client n’en connaît que la moitié.
L’AMF l’a pointé dans son rapport de février 2026 : les brochures commerciales sont souvent peu lisibles. Les informations sont dispersées. Les notions de risque émetteur et de protection conditionnelle du capital restent insuffisamment expliquées. C’est pourquoi l’AMF a imposé 7 questions auxquelles tout document commercial doit désormais répondre dès les premières pages.
Le risque émetteur : l’angle mort
Un produit structuré est une créance sur la banque émettrice. Techniquement, si cette banque fait faillite, vous perdez votre investissement. Ce risque s’appelle le risque émetteur. Il n’entre pas dans le calcul de protection du capital indiqué dans les brochures. La garantie affichée ne vaut que si l’émetteur reste solvable jusqu’à l’échéance.
En pratique, les émetteurs sont de grands établissements bancaires investment grade (BNP Paribas, Société Générale, CACIB, etc.). Leur risque de défaut est faible. Pourtant, il n’est pas nul. Les crises de 2008 l’ont rappelé brutalement. Les porteurs d’obligations Lehman Brothers avaient aussi des promesses écrites.
Pour qui, et dans quelle mesure ?
Les produits structurés ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils sont pertinents dans des conditions précises. Ils conviennent à un épargnant qui peut immobiliser son capital sur 3 à 8 ans, qui accepte un rendement conditionnel (pas garanti), et qui comprend le scénario défavorable autant que le scénario favorable.
France Épargne recommande de limiter l’exposition aux produits structurés entre 5 et 25 % du patrimoine financier liquide. Au-delà, la concentration sur un seul émetteur et un seul sous-jacent crée un risque de portefeuille non diversifié. Ils viennent en complément, pas en remplacement.
Enfin, la fiscalité a changé en 2026. Hors assurance-vie, les coupons sont désormais soumis au PFU à 31,4 % (hausse de 1,4 point liée à la LFSS 2026). Souscrire via un contrat d’assurance-vie reste donc plus avantageux fiscalement pour la plupart des épargnants.
Un produit structuré mérite d’être comparé à une alternative plus simple. Un ETF indiciel sur 8 ans, ou un fonds euros avec des unités de compte, peuvent offrir un profil équivalent. La question à poser avant de signer : pourquoi ce produit plutôt qu’un autre, et pour quels frais réels ?
Avez-vous déjà souscrit un produit structuré ? Bonne ou mauvaise expérience : racontez-nous en commentaire.



