En janvier, les Français ont retiré davantage du Livret A qu’ils n’en ont déposé. Un phénomène rare, documenté : la Caisse des Dépôts a publié les chiffres le 24 février 2026, et ils n’ont rien de banal.
Depuis que le taux a été divisé par deux en l’espace d’un an, quelque chose a commencé à bouger dans les comportements d’épargne.
Les chiffres de janvier 2026
Selon le bilan mensuel publié par la Caisse des Dépôts le 24 février 2026, le Livret A a enregistré une décollecte nette de 1,87 milliard d’euros en janvier 2026.
Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) a suivi avec 400 millions d’euros de retraits nets supplémentaires. Le cumul des deux produits atteint donc -2,27 milliards d’euros sur le seul mois de janvier.
C’est inhabituel à double titre. D’abord parce que janvier est structurellement un mois de collecte positive sur ces livrets : les primes de fin d’année, les étrennes et les premiers virements de l’année alimentent habituellement les dépôts.
Ensuite parce qu’une décollecte en janvier n’avait été observée que deux fois depuis 2009, en 2015 et 2016 — dans des proportions bien inférieures.
Depuis la fusion des données disponibles, c’est le chiffre de décollecte mensuelle le plus élevé jamais enregistré pour un mois de janvier.
Un taux divisé par deux en douze mois
Le mécanisme est lisible. Le taux du Livret A est calculé quatre fois par an par la Banque de France à partir d’une formule indexée sur l’inflation et les taux interbancaires, puis soumis à l’arbitrage du ministre chargé de l’Économie avant publication au Journal officiel.
En janvier 2025, il était à 3 %. Il est passé à 2,4 % en février 2025, puis à 1,7 % en août 2025, avant d’atteindre 1,5 % le 1er février 2026 — soit une baisse de moitié en douze mois, au rythme du reflux de l’inflation.
L’inflation annuelle s’est établie à 0,9 % sur l’ensemble de l’année 2025, selon l’INSEE. Le Livret A affiche donc encore un rendement réel légèrement positif sur cet horizon.
Mais l’inflation en glissement annuel est remontée à 1,0 % en février 2026 selon l’estimation provisoire publiée par l’INSEE le 27 février 2026, ce qui réduit l’écart à seulement 0,5 point — avant impôts et prélèvements, dont le Livret A est toutefois exonéré.
Où va l’argent qui part ?
En sens inverse, l’assurance-vie affiche en janvier 2026 sa meilleure collecte nette depuis plus de quinze ans. Selon France Assureurs, les cotisations ont atteint 19,2 milliards d’euros en janvier — un record mensuel. La collecte nette ressort à 6,2 milliards d’euros, niveau inédit depuis juillet 2010.
L’encours total des contrats d’assurance-vie s’établit désormais à 2 119 milliards d’euros à fin janvier 2026, en hausse de 5,1 % sur un an.
Le contraste avec le Livret A est mécanique : plusieurs assureurs ont annoncé pour 2025 des rendements sur leurs fonds en euros compris entre 2,5 % et 3,5 % bruts, soit sensiblement au-dessus du Livret A.
Ces rendements sont soumis aux prélèvements sociaux, mais restent perçus comme plus attractifs par les épargnants qui disposent d’un horizon à moyen terme.
La part des unités de compte représente 43 % des cotisations en janvier 2026, selon France Assureurs, ce qui traduit une acceptation croissante d’une part de risque dans les choix d’épargne.
Et la suite ?
L’encours cumulé du Livret A et du LDDS reste massif : 613 milliards d’euros à fin janvier 2026, selon la Caisse des Dépôts.
Le mouvement de décollecte, bien que symboliquement inédit, n’entame pas significativement ce stock. Il signale davantage un changement d’arbitrage chez les nouveaux épargnants qu’un exode général.
Le prochain rendez-vous est fixé au 1er août 2026 : la Banque de France formulera une nouvelle recommandation de taux. Selon les premières estimations calculées à partir des données disponibles début mars 2026, le taux théorique ressortirait à environ 1,4 %, soit une nouvelle baisse.
La décision finale appartient au ministre de l’Économie. Si cette trajectoire se confirme, l’écart avec les alternatives se creusera davantage.
Le Livret A n’est pas en danger — avec 613 milliards d’euros d’encours, il reste de très loin le placement le plus utilisé en France.
Mais il n’est plus incontournable pour qui cherche à faire travailler son épargne. Pour la première fois depuis longtemps, comparer avant de déposer a commencé à changer quelque chose.



