La réforme des retraites de 2023 n’a pas été abrogée. Elle a été suspendue, ce qui n’est pas la même chose. Voici ce qui a réellement changé depuis, ce qui reste flou, et ce qui vous attend selon votre année de naissance.
Ce que dit la suspension votée fin 2025
Le Parlement a suspendu la réforme des retraites de 2023 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Cette loi a été promulguée le 30 décembre 2025, après un vote des députés le 16 décembre.
Concrètement, la hausse progressive de l’âge légal vers 64 ans s’arrête. L’âge légal reste fixé à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028. La durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein est également gelée. La réforme n’est pas supprimée : elle reprendra son cours au 1er janvier 2028.
Qui est concerné, génération par génération
La suspension profite d’abord aux personnes nées entre 1964 et 1968. Un salarié né en 1964 peut désormais partir à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres validés, plutôt qu’à 63 ans avec 171 trimestres.
À l’inverse, l’âge de 64 ans ne s’appliquera plus à la génération 1968, comme prévu initialement. Ce sera la génération 1969 qui l’atteindra la première, une fois la réforme relancée en 2028. Les règles pour les carrières longues ont aussi changé. Un décret du 7 mai 2026 précise ces nouvelles conditions, applicables à partir du 1er septembre 2026.
LES DATES CLÉS
De la réforme Borne à la reprise prévue en 2028
14 avril 2023
Adoption de la réforme Borne : âge légal relevé de 62 à 64 ans
Juin 2025
Échec du « conclave » entre syndicats et patronat
16 décembre 2025
Vote de la suspension par l’Assemblée nationale
30 décembre 2025
Promulgation de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026
7 mai 2026
Décret d’application pour les carrières longues
1er septembre 2026
Entrée en vigueur du gel de l’âge légal à 62 ans et 9 mois
1er janvier 2028
Reprise prévue de la réforme de 2023
Source : Légifrance, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 ; Service-Public.fr
Combien de Français en profitent réellement
Selon le directeur de l’Assurance retraite, 64 000 personnes pourront partir plus tôt dès 2026, dont 10 000 à 15 000 au titre des carrières longues. Sur les 854 000 départs à la retraite attendus cette année, ça reste une minorité.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis en avant un chiffre plus large, 3,5 millions de Français concernés à terme. Ce total couvre l’ensemble des générations 1964 à 1968, dont les départs s’étaleront jusqu’en 2031.
UNE MINORITÉ DE DÉPARTS EN 2026
Départs à la retraite concernés par la suspension, sur le total 2026
Source : Assurance retraite (CNAV), 2026
Un compromis politique, pas un consensus
Cette suspension est née d’un compromis, pas d’un accord général. Les syndicats et le patronat avaient tenté de négocier une réforme alternative au printemps 2025, lors d’un « conclave » social. Les discussions ont échoué en juin 2025, sans accord sur l’âge légal.
Face à la menace d’une motion de censure portée par le Parti socialiste, le gouvernement de Sébastien Lecornu a proposé cette suspension à l’automne 2025. Elle a permis d’éviter la censure. Mais elle ne satisfait ni les syndicats, qui réclamaient une abrogation complète de la réforme de 2023, ni la majorité sénatoriale de droite, qui a rejeté cette suspension lors de son passage au Sénat, avant qu’elle ne soit rétablie par les députés.
Ce que cette pause coûte, et qui la finance
La suspension a un coût pour les finances publiques. Le gouvernement l’estime à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard d’euros en 2027, un montant révisé à la hausse lors des débats parlementaires.
Pour la financer, deux mesures ont été retenues : une contribution accrue des complémentaires santé, et une revalorisation des pensions de retraite inférieure à l’inflation, ce qui réduit le pouvoir d’achat des retraités concernés. Ce mode de financement a suscité l’opposition de plusieurs syndicats, qui dénoncent un report du coût sur les retraités eux-mêmes.
SUIS-JE CONCERNÉ PAR LA SUSPENSION ?
4 situations à vérifier selon votre profil
Source : Service-Public.fr, suspension de la réforme des retraites, 2026
Ce qui reste en suspens
Certains décrets d’application tardent à paraître. C’est le cas de la mesure accordant deux trimestres supplémentaires aux mères de famille pour les carrières longues, pourtant prévue dès le 1er septembre 2026. Plusieurs caisses de retraite spécifiques attendent encore ce texte pour informer leurs assurés.
Au-delà de 2028, aucune loi ne fixe à ce stade la suite. Le gouvernement a indiqué qu’un débat parlementaire sur le financement du système de retraite aura lieu avant la reprise de la réforme.
La réforme des retraites de 2023 n’a donc pas disparu. Elle est mise en pause jusqu’en 2028, avec des règles temporaires qui varient selon votre année de naissance et votre situation professionnelle.Vous êtes concerné par cette suspension ? Racontez votre situation en commentaire.


