Une pension sur neuf contenait au moins un défaut de calcul parmi les retraites liquidées en 2025 — contre une sur dix l’année précédente. Le taux d’erreur progresse. La Cour des comptes estime le manque à gagner moyen à 790 euros par an pour l’assuré touché. Sur vingt ans de retraite, c’est 15 800 euros envolés. Et la correction est gratuite.
Ce que peut coûter un trimestre oublié
Le système de retraite de base est simple dans sa logique, sévère dans ses conséquences. Pour partir à taux plein, vous devez avoir validé un nombre de trimestres défini par votre année de naissance : 172 trimestres (43 ans) pour les personnes nées à partir de 1965. Chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25 % sur le taux de votre pension de base. Cette décote s’applique à vie. Elle ne disparaît pas à 67 ans si vous partez avant.
Perte mensuelle selon les trimestres manquants
Calculée sur une pension de base de 1 500 €/mois — décote de 1,25 % par trimestre manquant
La décote s’applique à vie, définitivement après liquidation. Source : CNAV, MaBonneRetraite.fr 2026.
Un exemple réel le montre clairement. Jean-Pierre a découvert 4 trimestres manquants trois mois après la liquidation de sa pension. Ces trimestres représentaient 45 euros par mois, soit 540 euros par an. Après correction, il a perçu un rattrapage de 1 620 euros. Sur vingt ans de retraite, l’enjeu initial était de 10 800 euros. Un autre retraité a récupéré 1 320 euros par an après un simple courrier à sa caisse complémentaire.
L’impact touche aussi la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Pour un salarié du privé, elle représente souvent 30 à 50 % de la pension totale, jusqu’à 80 % pour un cadre. Chaque point manquant dans le relevé complémentaire réduit cette pension à vie. La valeur du point Agirc-Arrco est de 1,4386 euro brut au 1er novembre 2026.
Source : Cour des comptes, rapport de certification des comptes des régimes de retraite 2026 : 100 000 pensions sur 956 280 liquidées en 2025 contenaient au moins un défaut de calcul (soit 1 sur 9, contre 1 sur 10 en 2024). Manque à gagner moyen : 790 euros par an. CSDE France / Agirc-Arrco 2026.
Les 6 erreurs les plus fréquentes
Les 6 erreurs les plus fréquentes
1. Les premières années de carrière
Les périodes travaillées avant 1990 étaient saisies manuellement à partir de déclarations papier. Les oublis sont fréquents, surtout pour les emplois saisonniers, les jobs d’été ou les petits boulots étudiants. Ce sont les trimestres les plus difficiles à récupérer, et souvent les plus anciens dans la mémoire des assurés.
2. Les CDD courts et changements d’employeur
Un salarié ayant enchaîné plusieurs CDD courts peut avoir des périodes intercalaires non enregistrées. Le nombre de trimestres ne dépend pas du nombre de mois travaillés mais du montant cotisé. En 2026, valider un trimestre nécessite d’avoir cotisé sur au moins 1 782 euros bruts (150 fois le SMIC horaire). Un mi-temps sur quelques semaines peut ne pas générer de trimestre.
3. Le service national
Les 10 mois de service militaire obligatoire permettent de valider 3 trimestres (et non 4). Si cette période est absente du relevé, il faut fournir l’état signalétique des services au régime de retraite. Ce document est récupérable auprès du ministère des Armées.
4. Les périodes de maladie et maternité
Les arrêts de travail de plus de 60 jours consécutifs valident des trimestres dits « assimilés ». Pourtant leur enregistrement peut être incomplet si le lien entre la CPAM et la CARSAT n’a pas fonctionné correctement. Les trimestres maternité, adoption et éducation d’un enfant handicapé sont aussi concernés. Vérifiez que ces majorations figurent bien dans votre relevé.
5. Les périodes de chômage
Une période d’indemnisation par France Travail (ex-Pôle Emploi) génère des trimestres assimilés, à raison d’un trimestre pour 50 jours d’indemnisation. Ces périodes doivent figurer dans le relevé. Si elles manquent, un relevé France Travail fait foi comme justificatif.
6. Les changements de statut
Passer de salarié à indépendant, puis à fonctionnaire, génère plusieurs régimes de retraite. Une période peut apparaître dans un régime mais pas dans l’autre. Le portail info-retraite.fr consolide tous les régimes en une seule vue. C’est souvent là que les oublis apparaissent.
Comment vérifier et corriger gratuitement
Accéder à son relevé
Deux portails officiels permettent d’accéder à votre relevé gratuitement. Sur info-retraite.fr, la vue est consolidée : tous vos régimes (CNAV, Agirc-Arrco, MSA, fonctions publiques) sont regroupés en une seule page. La connexion se fait via FranceConnect. L’autre portail, lassuranceretraite.fr, donne accès au régime général seul, mais avec plus de détail. Téléchargez le PDF et vérifiez année par année.
Vous recevez automatiquement un Relevé Individuel de Situation (RIS) à 35, 40, 45 et 50 ans. À 55 ans, vous recevez une Estimation Indicative Globale (EIG) avec une projection chiffrée de votre future pension. Si vous n’avez pas reçu ces documents, réclamez-les sur info-retraite.fr. Ils sont disponibles à tout âge, sans attendre les envois automatiques.
Envois automatiques de votre relevé retraite
RIS = Relevé Individuel de Situation · EIG = Estimation avec projection de pension. Disponibles à tout âge sur info-retraite.fr via FranceConnect. Source : info-retraite.fr.
7 points à vérifier sur votre relevé
Passez le relevé ligne par ligne en vérifiant ces 7 éléments. Premièrement, comparez le nombre total de trimestres avec vos bulletins de paie. Deuxièmement, repérez les années sans aucune ligne — elles signalent une période non enregistrée. Troisièmement, contrôlez les salaires cotisés : ils doivent correspondre à vos revenus bruts déclarés. Quatrièmement, vérifiez les trimestres de la retraite complémentaire (points Agirc-Arrco) séparément. Cinquièmement, contrôlez les périodes assimilées (chômage, maladie, maternité). Sixièmement, cherchez les majorations pour enfants. Septièmement, vérifiez le service militaire si vous y avez été soumis.
La procédure de correction
La correction est gratuite et bien balisée. À partir de 55 ans, utilisez le service « Corriger ma carrière » directement sur info-retraite.fr ou lassuranceretraite.fr. Vous pouvez y joindre les justificatifs scannés. Avant 55 ans, contactez directement la caisse de retraite concernée par courrier ou via votre espace personnel.
Les justificatifs acceptés sont les bulletins de salaire, les contrats de travail, les attestations employeur, les relevés France Travail, le livret militaire, les certificats de scolarité ou les conventions de stage. Le délai de correction est de 3 à 6 mois pour les cas simples. Pour les situations complexes, comme les employeurs disparus ou les périodes à l’étranger, comptez jusqu’à 12 mois. C’est pourquoi il ne faut pas attendre la veille du départ.
Et si vous n’avez plus vos fiches de paie ?
Perdre ses bulletins de salaire n’est pas nécessairement rédhibitoire. Deux voies existent. La première : la caisse de retraite peut consulter ses archives de déclarations employeurs (anciennes DADS, DSN). Ces déclarations sont conservées et permettent souvent de retrouver des périodes oubliées. Contactez votre employeur actuel ou ancien pour une attestation — il est tenu de conserver les données sociales.
La seconde voie est la validation par présomption. Ce mécanisme permet de faire valider jusqu’à 8 trimestres sans fournir chaque justificatif, sous trois conditions : vous pouvez fournir au moins un bulletin de salaire correspondant à la période, vous avez travaillé tout le trimestre civil pour le même employeur, et il ne s’agit ni du premier ni du dernier trimestre de votre contrat.
Dernier réflexe utile avant de racheter des trimestres manquants, dont le coût oscille entre 1 000 et 6 000 euros par trimestre selon votre âge : vérifiez d’abord que ces trimestres ne sont pas simplement oubliés dans le relevé. Une correction gratuite vaut toujours mieux qu’un rachat payant.
Avez-vous déjà vérifié votre relevé de carrière ? Avez-vous trouvé des erreurs ? Dites-nous en commentaire quelle période vous a posé problème et comment vous l’avez résolu.



